
Ma démarche s’ancre dans un faire à la fois délicat et organique pour créer des espaces de l’intime où les gens pourront se reconnaître. Mes installations mélangent notamment le travail des fibres, du métal, du tissage photographique et de la céramique, pour leur tactilité et leur capacité à retenir la mémoire du toucher. Par l’exploration des actions répétitives du quotidien et des objets utilitaires/décoratifs, j’extrais la poésie de moments doux, de moments anodins, pour tenter de les magnifier. La qualité haptique de mon travail, d’où émane conjointement un sens de l’inusité et du familier, pousse le spectateur à interagir avec l’ambiguïté des espaces que je crée. L’image du corps s’inscrit dans cette quête, par des indices du fait-main et du processus laissés derrière volontairement. Je m’intéresse aux matériaux naturels, que j’agence avec des objets récupérés : une tentative de capturer la matérialité du quotidien dans son éphémérité, mais également dans les traces permanentes qu’elle laisse sur nos corps.
Mon travail récent se concentre sur le potentiel d’hybridation des objets utilitaires et sur les manières dont ils s’incarnent dans l’espace habité. Dans mes œuvres, je tente de transcender leur usage habituel, pour les sortir de leur caractère pratique et ainsi faire ressortir leurs qualités propres, leur matérialité. Inspiré par le concept d’« usage queer/oblique » développée par Sara Ahmed, je tente de les réorienter, perturbant leur fonction attendue et les ouvrant à de nouvelles identités. J’ai également développé une technique de dégradation d’image par tissage et scan répétés que j’utilise pour venir modifier la perception qu’on se fait d’un objet ou d’une photographie. Ce processus détache délibérément l’image de toute fixité, l’orientant vers la transformation plutôt que la lisibilité.

Clara-Jane Rioux Fiset (iel/elle) est un.e artiste textile queer basé.e à Tiohtià:ke/Montéal. Iel a obtenu son BFA en beaux-arts (spécialisation en fibres et pratiques matérielles) à Concordia (2024) et travaille actuellement comme technicien.ne assistant.e en écoresponsabilité à la galerie FOFA, où iel mène une recherche sur les pigments naturels locaux. Iel a fait paraître une publication de recherche-création sur la culture de l’indigo japonais au Kamouraska, financée par le programme CUSRA de l’Université Concordia (2022). Plusieurs de ses œuvres ont fait l’objet d’expositions collectives, notamment à la Galerie Erga, à Art Mûr, à l’Atelier Galerie 2112, à la galerie POPOP, à Ada x, au Centre d’Art de Kamouraska et à la FOFA Gallery. Iel a présenté sa première expo solo Les Luces à l’été 2025. Son travail a également été publié dans les revues The Pit et Needlebound.